Psychopathologie et pulsions

    Venons en à la pathologie. Pour moi, en plus de la proposition de Freud décrite précédemment (la formation de compromis face au retour du refoulé dans le préconscient ou dans la conscience) deux phénomènes vont pouvoir générer des symptômes psychiques en lien avec le traitement interne des pulsions. Et comme je viens de le nommer brièvement, ces deux phénomènes sont généré par l'impossibilité de transformer efficacement une pulsion en nous (en l'aménageant, en la sublimant ou en la refoulant). Cela va alors bloquer le processus à l'étape de la suspension de l'enjeu pulsionnel par la répression interne de cette pulsion dès qu'elle s'active. Ce blocage va entrainer la chronicisation de ce phénomène censé être temporaire dans le traitement interne d'une pulsion. Cette répression va alors devenir le seul mécanisme interne en capacité de gérer cette pulsion donnant lieu à ce que j'appelle la répression pulsionnelle pathogène, premier phénomène entrainant du symptôme psychique.

Ce terme de répression est particulièrement bien adapté à cette situation psychiquement problématique, car il signifie un maintient par la force dans un lieu ou un état silencieux, d'un élément qui aurait tendance à essayer d'en sortir ou de s'exprimer. C'est comme une contention psychique. C'est donc une tension couteuse en énergie et en ressources pour contenir sans arrêt une représentation pulsionnelle interne hors de la conscience alors qu'elle tend à y revenir régulièrement.

    Le deuxième phénomène sera, pour moi, lié au blocage de la pulsion en question qui ne peut alors plus garantir l'instinct qu'elle est censé servir. Cela va alors dans le sens inverse de cet enjeu dans lequel sont inconsciemment engagés tous les membres d'une espèce : la survie de sa propre espèce.

Je fais l'hypothèse que cela devient alors une source inconsciente d'angoisse chez le sujet en question. Une angoisse sur laquelle il serait alors très difficile de mettre un sens.

 

Qu'est ce qui génère la répression psychique pathogène d'une pulsion ?

 

    Pour moi cela advient quand, dans un groupe d'appartenance, une pulsion est devenue insupportable, inacceptable. C'est à dire quand socialement, culturellement, familialement, donc à un niveau groupal, une pulsion est devenue un tabou. Ainsi cela signifie que dans l'appareil psychique d'un sujet appartenant à ce groupe il en est de même. Or un tabou est quelque chose d' « interdit à évoquer ». Il devient donc un « impossible à penser ». Cette pulsion est alors un impensable, un insupportable groupal, inabordable dans le lien et inélaborable intérieurement. C'est ce qui fait que cette pulsion devient intraitable psychiquement et donc intransformable. Attention ça n'est alors pas seulement un interdit, car l'interdit est nommable et pensable. On parle l'interdit, on le nomme et on peut l'expliquer, justifier pourquoi c'est interdit. La pulsion taboue, elle, devient quelque chose de sacralisé en négatif et donc quelque chose de tellement insupportable que l'on ne peut tolérer ni qu'il soit nommé, ni qu'il apparaisse à la conscience au risque d'être marqué du signe du tabou soi-même. Le risque serait d'être réprimé, voir rejeté, ostracisé, de devenir un paria. Ca serait prendre le risque d'être coupé de ses assises, de son appartenance. Cette pulsion est donc intraitable intérieurement.

 

A suivre ...